Lutz Bassmann

Lutz Bassmann est un romancier né en 1952 à Ielgava, République soviétique de Lettonie. Il fait partie de la communauté des écrivains post-exotiques, essentiellement mise en scène dans les romans d’Antoine Volodine. Il apparaît pour la première fois dans l’ouvrage collectif Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze (1998), dont il est un des signataires en même temps que le narrateur principal. Dans ce même ouvrage figure une liste d’une quinzaine d’œuvres qui lui sont attribuées, parmi lesquelles de nombreux romånces et quelques recueils d’entrevoûtes ou de narrats. On peut citer comme représentatifs de son écriture sarcastique Allées et venues entre proue et poupe sur une mer d’huile ; Savoir croupir, savoir ne pas croupir ; et Le dépérissement de l’état pendant les fièvres. On sait qu’il a été incarcéré en 1990. Dans une notice que fournit son éditeur, les motifs de sa condamnation à la réclusion à perpétuité sont : « assassinats, appartenance à une organisation terroriste, incitation au meurtre politique, incitation à l’insurrection contre les riches, intelligence avec l’ennemi et refus de repentir ». Il reste silencieux en prison pendant des années et, après avoir participé à la rédaction du Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, il retourne à un certain mutisme éditorial. Ce silence est rompu en 2008 avec la publication aux éditions Verdier de deux ouvrages romanesques : Haïkus de prison, qui décrit l’univers des prisons et du goulag ; et Avec les moines-soldats, qui se situe dans un monde onirique, à un moment où l’humanité en déclin renonce à l’humanisme et à toute espérance en l’avenir. Par rapport à d’autres titres d’écrivains post-exotiques, l’écriture de Lutz Bassmann fait une large part à la violence entre les individus, ce qui se reflète dans son style. Ses images sont plus crues, sa langue est plus rude. Il peut aussi, comme dans Haïkus de prison, renoncer aux effets de distance qui sont souvent à l’œuvre dans le post-exotisme quand une période tragique réelle est évoquée.

 
 

 

 
  Oeuvres
Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze (ouvrage collectif), Gallimard, 1998
Haïkus de prison, haïkus, Verdier, "chaoïd", 2008
Avec les moines-soldats, entrevoûtes, Verdier, "chaoïd", 2008
 
   
 

Post-exotisme

Le post-exotisme est un mot forgé par Antoine Volodine en 1991. À cette époque, quelques critiques s’interrogeaient sur le domaine littéraire auquel appartenait son œuvre. Il avait publié quatre romans dans la collection Présence du Futur et souhaitait ne pas être rangé dans la science-fiction. Il commençait à publier aux éditions de Minuit, et tenait à affirmer qu’il n’avait pas rejoint le minimalisme ni l’écriture blanche des auteurs qui l’entouraient. Le terme post-exotisme a été choisi pour exprimer un décalage, il s’agissait de dire une impossibilité de se reconnaître dans les catégories existantes. Toutefois, à l’origine, Antoine Volodine prétend ne pas avoir longuement pesé ce terme, et l’avoir considéré comme un intitulé vide, qui était destiné à prendre son sens au fur et à mesure qu’il serait rempli par des livres.
Après des années d’existence, le post-exotisme, étiquette sans signification au moment de sa création, s’est étoffé avec des dizaines de livres signés Antoine Volodine et signés d’auteurs « appartenant à la communauté des écrivains post-exotiques », tels que Manuela Draeger, Elli Kronauer ou Lutz Bassmann. De nombreuses interventions d’Antoine Volodine ont complété le dispositif, qui est aujourd’hui beaucoup plus un objet qu’un courant ou une théorie. En effet, Antoine Volodine parle du post-exotisme comme d’une pratique littéraire et comme d’une totalité concrète, faite de voix et de textes dont l’origine est une communauté d’écrivains emprisonnés. Il explique qu’en dépit de sa terminaison en –isme, le post-exotisme est un ensemble romanesque et non un mouvement littéraire ayant clairement ou non des ambitions d’avant-garde. Il répète qu’il faut voir dans le post-exotisme « un objet poétique marginal et rien d’autre ».
Cet objet poétique est traversé par de nombreuses voix d’auteurs qui sont parfois nommées, comme dans Vue sur l’ossuaire, où successivement prennent la parole deux écrivains, Maria Samarkande et Jean Vlassenko. Toutefois, souvent ces voix interviennent dans les textes de façon anonyme, créant un réseau vocal qui se substitue au narrateur principal ou donne à celui-ci un statut fluctuant. On en revient à l’explication que fournit Antoine Volodine et qui apparaît de façon détaillée dans l’ouvrage-clé ayant pour titre Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze : des militants politiques emprisonnés, condamnés à la perpétuité et strictement isolés derrière les murs, échangent des récits et des souvenirs, murmurent, crient, inventent des histoires et racontent leurs rêves. De cette création collective résultent des livres aux formes hybrides, marqués par la diction, et dont la signature importe peu, puisque les personnalités s’échangent et se superposent pendant tout le processus d’écriture. Ainsi, à l’extérieur de cette fiction carcérale, en librairie, surgissent des ouvrages qui reflètent l’imaginaire, la mémoire et la culture de leurs auteurs, en même temps que les conditions d’étouffement et d’enfermement dans lesquelles ils ont été élaborés. Des formes particulières voient le jour, elles sont marquées par la brièveté : narrats, entrevoûtes, romånces, Shaggås.
Dans ses interventions, Antoine Volodine insiste sur le contenu thématique du post-exotisme, énumérant volontiers ce qu’il considère en être les points forts : une rumination sur l’échec des luttes révolutionnaires, sur les abominations génocidaires du XXème siècle, sur les utopies et leur dégénérescence ; une mise en scène de la solitude, de l’impuissance devant la douleur et la mort de l’autre ; la fidélité amoureuse ; la dérive vers la folie ; la marche dans le Bardo ; l’indistinction entre rêve et réalité. Etc. Les personnages post-exotiques sont en accord avec ces choix, ce sont souvent des agonisants, des malades mentaux, des « gueux », des « Untermenschen » (sous-hommes) et même des animaux.

Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze donne une liste impressionnante d’auteurs post-exotiques constituant cette communauté d’écrivains, mais seuls quelques-uns ont eu des textes publiés en volume : Lutz Bassmann, Manuela Draeger, Elli Kronauer et Antoine Volodine.

 
   
 

Antoine Volodine

Antoine Volodine est né à Lyon en 1949, il est principalement romancier et traducteur. Après des études de lettres, il enseigne le russe pendant 15 ans et se consacre à l'écriture et à la traduction à partir de 1987. Il commence à publier des romans dans la collection des éditions Denoël, « Présence du futur », tout en déclarant que ses livres n’appartiennent pas au registre de la science-fiction. Il publiera ensuite aux éditions de Minuit, puis chez Gallimard et au Seuil.
Dès ses premiers livres, et indépendamment des maisons d'édition où il les publiera, il construit avec constance un édifice romanesque à plusieurs voix qu'il nomme « post-exotisme ». Il se place délibérément à l'écart des courants littéraires contemporains et se réclame à la fois du réalisme magique et d'une littérature internationaliste, engagée, où se croisent l'onirisme et la politique. Les thèmes de ses ouvrages sont marqués par une réflexion sur l'histoire du XXe siècle, sur les génocides et l'échec des révolutions. Dans un décor souvent ruiniforme ou carcéral, les personnages sont des rescapés hantés par le passé, cherchant à fuir leur misère affective en inventant des univers féeriques ou des espaces parallèles. Profondément attiré par les cultures asiatiques, et en particulier par le chamanisme et le bouddhisme, Antoine Volodine met volontiers en scène des hommes et des femmes qui errent dans le monde d'après la mort, dans le Bardo tibétain du Bardo Thödol, ou voyagent de rêve en rêve, à la recherche de l'âme sœur ou d'un territoire utopique.
L’originalité des écrits d’Antoine Volodine a souvent conduit la critique à dire de lui qu’il était inclassable. La catégorie littéraire nouvelle dont il se réclame, le post-exotisme, permet toutefois d’aborder son œuvre sans se perdre dans des systèmes de classifications intenables. Ce terme, qui à l’origine voulait être une simple marque d’indépendance, correspond bien aujourd’hui à un projet concret : donner à lire « une littérature étrangère écrite en français », « une littérature de l’ailleurs qui va vers l’ailleurs ». Antoine Volodine a signé une quinzaine de livres et s’est présenté comme « porte-parole » du post-exotisme et de ses divers écrivains. En effet, à la fin des années 90, d’autres voix sont venues s’ajouter à celle d’Antoine Volodine. Plusieurs des auteurs post-exotiques cités dans Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze ont publié des livres : Elli Kronauer et Manuela Draeger à l'École des Loisirs et, en mai 2008, Lutz Bassmann aux éditions Verdier.
Rituel du mépris a reçu le Grand Prix de la Science-Fiction française en 1987. Des anges mineurs a reçu le Prix du Livre Inter en 2000 et le Prix Wepler en 1999. Volodine a également traduit du russe des œuvres des frères Strougatski, de Victoria Tokareva, d'Alexandre Ikonnikov et de Maria Soudaïeva.

 
     
 

Oeuvres
Biographie comparée de Jorian Murgrave, Denoël, «Présence du Futur», 1985 ;
Un Navire de nulle part, Denoël, PdF, 1986 ;
Rituel du mépris, Denoël, PdF, 1986 (Grand Prix de la Science-Fiction Française 1987) ;
Des enfers fabuleux, Denoël, PdF, 1988 ;
Lisbonne, dernière marge, Minuit, 1990 ;
Alto Solo, Minuit, 1991 ;
Le Nom des singes, Minuit, 1994 ;
Le Port intérieur, Minuit, 1996 ;
Nuit blanche en Balkhyrie, Gallimard, 1997 ;

Vue sur l'ossuaire, Gallimard, 1998 ;
Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, Gallimard, 1998 ;
Des anges mineurs, Seuil, Fiction & Cie, 1999 ;
Dondog, Seuil, Fiction & Cie, 2002 ;
Bardo or not Bardo, Seuil, Fiction & Cie, 2004 ;
Nos animaux préférés : Entrevoûtes, Seuil, Fiction & Cie, 2006.
Songes de Mevlido, Seuil, Fiction & Cie, 2007 ;

 
   
 

Elli Kronauer

Elli Kronauer est un écrivain post-exotique. Né dans une famille de coopérants internationaux, géologues, qui effectuaient de longues missions hors de France, Elli Kronauer a passé son enfance dans plusieurs pays étrangers, en particulier en Turquie, en URSS et au Liban. Il est un des auteurs de l’ouvrage collectif Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze. (Gallimard, 1998). Il est aussi illustrateur et il a travaillé dans un cabinet d’architecte. En Russie soviétique, Elli Kronauer s'est pris de passion pour les légendes épiques chantées encore dans les années-20 par les bardes, transmises oralement depuis les temps de la Russie kiévienne : les bylines. Il a voulu attirer l'attention sur ce patrimoine poétique de premier plan, très mal connu en Occident. Ses choix de traduction l’ont amené à aller au-delà d’une simple restitution du texte. Tout en restant fidèle au canevas de l’épopée, il a greffé sur celui-ci les images post-exotiques qui convenaient à la description d’un monde qui avait connu notamment Auschwitz, Hiroshima et Tchernobyl. Les héros russes éternels, les preux chevaliers de Vladimir le Beau Soleil évoluent donc dans un décor où fument de vieilles centrales nucléaires abandonnées. Pour restituer la richesse intraduisible de la langue, Elli Kronauer a travaillé sur la richesse des images, sélectionnant aussi, dans la masse énorme des bylines originales, celles qui établissaient le plus de liens avec la magie et le fantastique. Plusieurs ouvrages d’Elli Kronauer sont mentionnés dans Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze, dont Rébellion d’un chamane et Appel pour un soulèvement généralisé et rien d’autre. D’après les renseignements que donne ce livre, Elli Kronauer a été incarcéré en 1999.
 
     
 

Oeuvres
Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze (ouvrage collectif), Gallimard, 1998
Ilia Mouromietz et le rossignol brigand, bylines, École des loisirs, Médium, 1999
Aliocha Popovitch et la Rivière Saphrate, bylines, École des loisirs, Médium, 2000
Soukmane fils de Soukmane et les fleurs écarlates, bylines, École des loisirs, Médium, 2000
Sadko et le tsar de toutes les mers océanes, bylines, École des loisirs, Médium, 2000
Mikhaïlo Potyk et Mariya la très-blanche mouette, byline, École des loisirs, Médium, 2001

 
   
 

Manuela Draeger

Manuela Draeger appartient à la communauté des auteurs post-exotiques. Elle est née à Chicoutimi (Québec) en 1971. Elle a travaillé au Canada comme traductrice free-lance. Elle apparaît pour la première fois en 1998 dans l’ouvrage collectif Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze, où Lutz Bassmann se penche sur son imaginaire et y voit une représentante « de la dernière période du post-exotisme ». Il souligne « les inexplicables bizarreries de comportement » de ses personnages, qui rendent « incertaine la connaissance que l’auteur peut avoir des races terriennes ». Sans adhérer à cette dureté critique, on doit voir dans les petits romans de Manuela Draeger la tentation de décrire la solitude, les difficultés de communication, la soif d’affection, le malaise identitaire. Le monde des ouvrages publiés de Manuela Draeger est peuplé de créatures rêveuses, sensibles à la beauté et à la musique, qui côtoient la bizarrerie avec fatalisme. Le décor est pratiquement vide, on est dans une ville en ruines, au bord d’un estuaire abandonné où flottent des glaçons. Les seules valeurs qui aient survécu sont l’amitié, la fraternité et l’amour. Comme Rebecca Wolff et Sonia Velazquez, ses plus proches camarades de combat, Manuela Draeger a été incarcérée en 2001.

 
     
 

Œuvres 
Pendant la boule bleue, Ecole des loisirs, Médium, 2002
Au nord des gloutons, Ecole des loisirs, Médium, 2002
Nos bébés-pélicans, Ecole des loisirs, Médium, 2003
Le deuxième Mickey, Ecole des loisirs, Médium, 2003
La course au kwak, Ecole des loisirs, Médium, 2004
L’arrestation de la grande Mimille, Ecole des loisirs, Médium, 2007
Belle-Méduse, Ecole des loisirs, Médium, 2008